
Une étude française démontre que l’exclusion sociale active les mêmes centres cérébraux que la douleur physique.
Grâce aux financements des fondations Apicil etNeurodis, deux chercheuses de l’Institut des Sciences Cognitives de Lyon ont permis une avancée sur les effets de l’exclusion sociale sur le cerveau.
L’exclusion sociale, c’est douloureux. C’est ce que sont en passe de démontrer les docteures Lucia Carriero et Angela Sirigu. La première travaille dans l’équipe de la seconde à l’Institut des Sciences Cognitives du CNRS à Lyon, autour de l’exclusion sociale et de ses répercussions sur le cerveau. Des recherches rendues possible grâce aux fonds mis à disposition par les fondations Apicil et Neurodis, toutes deux engagées depuis plusieurs années dans un combat contre la douleur.
Les deux chercheuses ont donc mis en place une expérience pour mesurer la douleur sociale induite par un simple jeu, en plaçant des sujets dans un contexte d’exclusion. Le patient et trois autres joueurs se passent une balle. A partir d’un moment, et sans préavis, le patient est exclu du jeu par l’un des joueurs. “Qu’est-ce qui se passe dans le cerveau à ce moment-là ?” se sont demandées les chercheuses. Le visage du joueur coupable d’ostracisme est en fait couplé avec la sensation d’exclusion et provoque une réaction dans le cerveau, alors qu’avant l’expérience, il ne se passait rien.
Une sorte de signal d’alarme se déclenche lorsque l’on a déjà été confronté à cette sensation d’exclusion. Le cerveau est alors capable de comprendre très vite (100 millisecondes) la signifiance sociale d’une image ou d’un visage. Même s’il ne s’agit encore que de résultats préliminaires, les chercheuses ont réussi a mettre en évidence que la douleur psychique est localisée au même endroit que la douleur physique. Le cerveau ne fait pas la différence, il traite les deux douleurs de la même façon. Or la douleur est un signal d’alerte qui indique que nous sommes menacés. En l’occurrence, elle correspond à l’anticipation des conséquences que vont entrainer ce rejet.
Ce qui est nouveau, c’est qu’après avoir été confrontée à une telle expérience, le cortex visuel sait reconnaître tout seul le visage de l’agent responsable de l’exclusion, alors que normalement, cette partie du cerveau n’accomplit que des tâches primitives comme la reconnaissance de formes ou de couleurs. Même s’il ne s’agit que d’une situation expérimentale, les deux chercheuses ne doutent pas qu’une application clinique sera mise en évidence dans le futur. Lucia Carriero et Angela Sirigu auront de toute façon besoin d’encore environ 3 ans pour confirmer ces résultats préliminaires.
Ce type de recherche est cependant rendue possible grâce à des fondations comme Apicil et Neurodis. Mais aujourd’hui, de nombreux dossiers sont rejetés faute de financement. Car si les Etats-Unis possèdent un grand nombre de mécènes, ce n’est pas le cas en France. Les dons du public sont ainsi fondamentaux pour permettre l’avancée de tels projets. L’essentiel des coût, c’est du “temps chercheurs”, car l’équipement informatique est presque banal en laboratoires. Pour cette expérience, la fondation Apicil a donné 46.000€, l’équivalent d’un an de salaire pour Lucia Carriero, toute droit arrivée d’Italie pour mener cette étude.
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